REPORTAGE

Installée dans l'unique tribune qui fait face au terrain, une jeune spectatrice s'ébahit à l'entrée des concurrents en piste. " Regarde le 5, quelle splendeur ! ", s'exclame-t-elle. " Qui, le cheval ou le mec ? ", interroge innocemment son voisin. " Les deux ", répond la jeune fille sans sourciller.
Par égard pour les autres concurrents des équipes de Bordeaux et d'Arles, l'on taira le nom du cheval en question. Mais, " franchement, ce cheval, c'est une gravure, je veux le même ", poursuit la cavalière, emballée.
Le match de horse-ball qui s'engage est crucial. Il oppose les premiers du classement Pro Elite, la première division française, aux troisièmes. En bordure de l'Aisne, à Soissons, se disputaient les neuvième et dixième journées du championnat, les samedi 1er et dimanche 2 mai.
Ce championnat, organisé pour quatre divisions, Pro Elite, Pro Elite féminine, Elite et Amateur Elite - malgré ces appellations, tous les joueurs sont amateurs et les équipes mixtes, sauf pour la division féminine - se déroule en sept week-ends, dans sept villes d'accueil différentes, et comprend donc quatorze journées. Les deux dernières ont lieu au haras de Jardy (Yvelines) les 12 et 13 juin.
Appuyé contre les barrières au bord de la piste, samedi, un spectateur semble plus attentif que tous les autres. Florian Moschkowitz, capitaine de l'équipe de Chambly, deuxième du classement derrière Bordeaux, assiste au match opposant les Bordelais aux Arlésiens. Il espère une victoire de ces derniers. Cela réduirait l'avance que le club girondin possède au classement. Malheureusement, Bordeaux battait Arles, puis Chambly, le lendemain. La victoire finale ne devrait plus leur échapper.
D'entrée de jeu, la bagarre fait rage à un rythme effréné. Les chevaux foncent dans toutes les directions, les cavaliers se contorsionnent, se bousculent pour essayer de s'arracher le ballon par l'une des six anses qui y sont fixées.
Leurs chevaux galopent flanc contre flanc, se coupent la route, les passes redoublent, à une ou deux mains, en avant, façon basket, sur le côté, à la mode rugby. Les tirs au but se succèdent vers l'arceau d'un mètre de diamètre prolongé par un grand filet.
Dextérité des joueurs La dextérité des joueurs, leur maîtrise de l'équitation - fréquemment, ils chevauchent leur monture sans même tenir les rênes - leur souplesse lorsqu'ils basculent, la tête en bas, pour récupérer le ballon tombé à terre, leur sens du placement sur le terrain sont plus spectaculaires les uns que les autres. " Le plus difficile à réaliser, ce ne sont pas les acrobaties, assure Florian Moschkowitz, mais les passes. Il faut savoir anticiper la vitesse de déplacement du partenaire et la direction qu'il va prendre. "
Florian Moschkowitz est l'un des piliers de l'équipe de France, qui truste les titres internationaux depuis les débuts de cette discipline, les championnats d'Europe lancés en 1992, et les championnats du monde, organisés en 2008. Avec l'équipe de Chambly, il a remporté le titre de champion de France sans discontinuer de 2005 à 2008. Pour l'heure, blessé au genou, il doit se contenter d'accompagner et conseiller ses coéquipiers, appuyé sur ses béquilles.
" Le horse-ball est un sport merveilleux, il permet de concilier les deux passions du cheval et du jeu collectif, s'enthousiasme celui que tout le monde appelle Mos. L'ambiance qui règne entre nous est formidable, un peu comme au rugby il y a quinze ans, et c'est une discipline que l'on peut commencer très jeune, dès l'âge de 6 ans, sur des poneys. "
Sur et hors du terrain, tout le monde semble se connaître, discute, rigole, échange sérieusement ou se chambre. Au micro, les commentateurs nomment les joueurs par leur prénom et le public célèbre bruyamment et joyeusement les exploits comme les ratés.
Traditionnellement, ce beau monde se retrouve le samedi soir lors des soirées organisées chaque week-end de compétition, pour une sorte de troisième mi-temps bon enfant.
J. -L. A
© Le Monde